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La tour de Batère

Tour de BatèreLa Torre de Batera (Torre de l ‘Avetera) est une tour à signaux, emblème de l’architecture militaire médiévale. Elle se tient au sommet d’une ligne de crête descendant  du Canigou, à 1 439m au dessus de la plaine du Roussillon, à cheval entre les communes de Saint Marsal et de Corsavy, dans le Haut Vallespir (Pyrénées Orientales). Elle offre un point de vue stupéfiant sur Perpignan, les Aspres, la plaine et la mer d’un côté, tout le Vallespir de l’autre. On y parvient à partir de Corsavy par un chemin de terre, l’ancienne « route des romains ».

Le télégraphe optique des tours à signaux

 

Batère fut édifiée entre 1335 et 1340. À l’époque de sa construction, le Vallespir et plus largement tout ce qui est devenu après le Traité des Pyrénées  la « Catalogne française », était rattaché au comté de Besalu en Espagne. Le château de Castelnou, dans la plaine de Perpignan,  était le centre de commandement de cette région vaste et encaissée. Les invasions  et les soulèvements étaient constants. Pour protéger le pays il fallait d’abord voir ce qui s’y passait. La tour de Batère remplissait cette fonction d’observation et de défense. Elle était occupée en permanence par des soldats qui, allumant des feux sur son sommet, communiquaient avec les autres tours, et signalaient les alertes au centre de commandement.

Certaines de ces tours étaient des édifices isolés, comme l’était Batère. D’autres  étaient des donjons et des clochers incorporés dans des châteaux ou des monastères fortifiés.

Les tours (les « Farahons ») étaient hautes, cylindriques, aux murs épais (ceux de Batère ont 3m d’épaisseur), dotées d’une salle d’armes, d’un dortoir, d’une cheminée pour les signaux, d’une plate forme supérieure protégée par des créneaux, et elles comportaient en sous-sol une citerne pour  recueillir l’eau de pluie. Toutes étaient situées de façon à ce qu’on puisse apercevoir leurs feux depuis le fond des vallées, mais aussi les voir clairement  depuis les autres tours, et depuis la plaine du Roussillon.

Torre Batera dans le web Médiéval

Réseau des tours à sigauxBatère faisait partie d’un véritable système de tours dont certaines avaient été construites dés l’époque romaine.  Depuis lors, leur développement n’avait pas cessé. À la date de construction de Batère, au milieu de 14° siècle, elles n’étaient pas moins d’une cinquantaine dans les trois Vicomtés de Castelnou (tours de Cabrenç, Cos, Corsavy, Majorca, etc.), de Fonollède (Tremoines, Lansac, Corbos, etc.), et  du Conflent (Olette, Rigarda, Balessa, etc.). Puis Perpignan devint,  à partir de 1276 et pour près de 70 ans (1344), la capitale du royaume de Majorque. Le nouveau pouvoir augmenta encore le rythme de construction, et il fit des tours à signaux la base d’un système de transmission à ampleur régionale.

La Torre de Batera  avait un rôle spécifique : elle permettait la surveillance directe des routes transversales montagnardes reliant le Vallespir au Conflent, et plus largement des routes reliant Perpignan et Barcelone. Batera communiquait avec le Sud via les châteaux de Corsavy, Montferrer (tour de Mollet), Serralongue (tour de Cabrenç), la tour de Cos (entre Corsavy et Montferrer), Prats de Mollo (Guardia et Mir) et elle émettait vers le nord en direction des châteaux de Bellpuig , Castellnou (tour de Majorca), Fourques, Perpignan, Elne , ainsi qu’à l’Est, sur la côte, vers Madeloch, Massane, et d’autres.

Certaines tour fonctionnaient comme des relais, et d’autres comme des carrefours d’informations, des « nœuds »  vers lesquels tout converge. Ce fut le cas de la Torre del Fa au Nord, qui recevait les messages du Conflent, et de la Torre de Batera au sud, qui captait ceux du Vallespir et les expédiait vers le château de Castelnou, qui à son tour communiquait avec Perpignan.

Batère devint donc, par son emplacement stratégique, une des deux « Tours principales » du Roussillon.

Le Projet de sauvegarde